Dimanche 02 Mars 2008




Il est trop tard finalement pour aller voir en salle ce film que je ne connais qu’en vidéo et que j’aime tant. En ce moment, sans doute, Vienna, cette femme inflexible, altière, qui vient de faire la démonstration de son autorité et de sa détermination en face de ses ennemis (« Dans la salle on sert du whisky et du gin, apprenez qu’en haut de ces marches on ne sert qu’une balle dans le crâne. »), Vienna l’impeccable n’arrive pas à dormir. Sa chambre est à l’étage bien sûr. Elle descend retrouver Johnny, son musicien, son amour. Elle est aimantée par lui comme par un alcool. Elle ne le sait pas. Elle est déjà à lui. Elle essaie de l’entraîner sur le terrain de la culpabilisation. Mais Johnny n’a pas besoin de s’excuser. Il n’a qu’à être lui-même. « Dis moi quelque chose de gentil. Dis moi des mensonges. » Par défi d’abord, elle répète chacune de ses phrases. Et dans ce jeu un peu abrupt, leurs phrases s’élancent au-dessus d’eux, fragiles et plus grandes qu’eux. « Toutes ces années je n’ai vécu que pour t’attendre. » (Là il faut pleurer, sinon c’est qu’on va très mal.) Johnny lui c’est un homme, un vrai. Il a compris. Le saloon, le chemin de fer, la future ville, et même les souffrances et les efforts de Vienna, son obstination à réussir seule, tout ça n’existe pas, c’est de la frime. Elle est dans un saloon comme il y a cinq ans. La ville qui va s’établir autour ressemblera à n’importe quelle autre ville de l’Ouest. Ce qui existe de façon indiscutable c’est eux deux.  Il l’a compris et il va droit à l’essentiel. Il vise juste, tout de suite. Il la flingue d’amour avec ses mots, avec sa voix. Elle tombe : « Ah ! Johnny pourquoi as-tu tant tardé ? »

Elle l’aime depuis toujours. Lui seul, son guerrier. Pas de sang, ça va contre ses principes de femme. Et puis tuer pour défendre un territoire, non pas question. Pleine d’orgueil et d’idéal elle veut s’imposer avec ses propres valeurs.

- Quelles valeurs ? Rester c’est se battre ou se faire abattre, les hommes sont des animaux.

Elle l’aime aussi pour ça. Qu'est-ce que tu crois ? Les deux amoureux se réfugient dans la cabane de Dancing Kid, l’amant abandonné, le veuf, l'inconsolable. Il n’en croit pas ses yeux : un vrai petit couple, elle lui prépare des œufs sur le plat. Le Kid et ses petites provocations n’ont pas d’effet. Vienna sait calmer son fauve. Elle lui prépare des œufs. La patrouille se rapproche, le dénouement aussi. Elle lui prépare des œufs et puis elle dit : « Jusqu’ici nous aurons bien profité de l’existence. »

 

J’ai retrouvé dans mes papiers le début d’un roman d’une enfant. Il y a juste une phrase en haut de la feuille blanche comme un ballon arrêté par un plafond : « Je suis à Rennes dans une maison dans une chambre dans mon lit. » On ne peut rêver meilleur début. Suis moi je suis ce point quelconque d’où tout peut surgir. Des trains de grands voyages flanquent le quai de mon lit. Où allons-nous ? La question suffit à me faire rêver et je m’endors. Demain j’aurai oublié que je t’ai invité, je poursuivrai mes jeux inouïs.

Lecteur tu n’as que des bribes, le reste tu n’imagines pas.

Just a call.

Je ne m’arrête pas. Tu ne peux pas comprendre en dehors du mouvement. Ne relis pas. Respire. Je reviens tout de suite.

« -Vous savez danser ?
-Vous savez jouer de la guitare ? »

publié par Ulrich publié dans : transition
Lundi 11 Février 2008
Une source en qui j'ai toute confiance vient de me révéler le contenu du sms dramatique envoyé par notre Président de la République à son ex-femme. Je vous le livre ici dans son intégralité :

"Mon destin se joue aujourd'hui, vous savez de quelle façon. Aujourd'hui je devrai annoncer ma décision définitive. Je n'ai aucun droit à votre compassion, je n'ose nourrir aucun espoir ; mais, un jour, vous avez prononcé un mot, rien qu'un seul mot, et ce mot est venu illuminer la nuit noire de ma vie et il est devenu mon phare. Prononcez aujourd'hui ce même mot - et vous me sauverez de la perte ! Dites-moi seulement : Déchire tout, et je déchire tout aujourd'hui même. Oh que vous en coûte-t-il de le dire ! Dans ce mot, je ne vous demande que le signe de votre compassion, de votre tristesse à mon égard, c'est tout, c'est tout ! Rien d'autre, rien ! Je n'ose concevoir aucun espoir, parce que j'accepterai de nouveau ma pauvreté, je supporterai avec joie la position désespérée qui est la mienne. J'accepterai la lutte, je serai heureux de lutter, je ressusciterai en elle avec de nouvelles forces."
publié par Ulrich publié dans : transition
Mardi 29 Janvier 2008







Ulysse et ses compagnons aveuglant Polyphème , coupe à figures noires, vers 550 av. JC, l.21cm, Paris, Bibliothèque nationale, Cabinet des médailles





Une semaine sans post. Aurais-je fait le tour ? Déjà? Quel est donc l'Ennemi qui bloque ainsi un mouvement libre à la racine? L'Ennui. Je me rends compte que je mets beaucoup de majucules en ce moment. Le Grand Impeccable, l'Ennui maintenant... Facilité que je ne m'interdis plus désormais. Il semble qu'aucun cadre ne me retienne, et me livre tout cru à mon propre narcissisme, à cet ennui terrible. Le blog, dans sa forme même -ou plutôt sa non-forme- me pousse dans cette direction fatale. L'illusion règne, il faut beaucoup de coeur pour que quelque chose se passe. Chaque blog dit plus ou moins ceci : du fond de ma misère, je suis quelqu'un de considérable. Regardez-moi ! C'est un mouvement d'ensemble. Un ressac de ressassements. Y naviguer est épuisant. Tout ce vent ! On appelle ça le bruit, je crois, dans le vocabulaire cybernétique. C'est pas mal vu non plus.

Il faut être lucide là-dessus. Savoir où on met ses mots. Je suis allé voir un site, au titre que je trouve emblématique de cette illusion d'une production littéraire hors-sol : La littérature dans le sous-sol. Y officie un certain Marco, qui publie là, dans le sous-sol, ce que les éditeurs lui refusent. Au delà de la fausse humilité de son auteur (c'est la moindre des convenances aujourd'hui), et d'un côté légèrement revanchard, ce qui frappe c'est sa conception que je qualifie de "romantique". Le sens profond de son blog c'est de croire en la possibilité d'un auteur absolu, non situé, créateur d'un texte dégagé des contingences matérielles. Il se condamne ainsi à faire du sur-place. La littérature est à la fois située historiquement, et geste de dépassement de cette situation. A croire qu'elle existe en-soi et qu'elle peut donc rester sans dommages dans le sous-sol, on l'emplit de son obscurité, et elle s'éteint.  A mon avis, cette illusion est fondée sur une myopie qui prend l'utilitarisme des concepts binaires pour des réalités étanches (sujet/objet ; matérialisme/idéalisme ; contenu/contenant ; support/surface etc..). Le contenu serait une donnée fixe, plus ou moins visible selon le support. Or le contenant est au moins aussi décisif que l'intention. Il faut commencer par bien comprendre où l'on est, et ce qu'on y fait.

Etre dans le sous-sol, d'ailleurs, pourquoi pas? On peut s'y retrouver enfermé, comme Ulysse, après avoir cédé à la curiosité d'explorer l'île des cyclopes. Mais une fois qu'il y est, il prend en compte les données matérielles pour les organiser et remonter à la surface. Le cyclope, à l'impressionnante capacité de surveillance, ne voit que les apparences à travers son oeil unique. Il sait bien qu'un nommé Ulysse viendra le tuer. Mais ça ne peut être l'un de ces misérables. Il vit sans histoires, seul avec ses chèvres. Il est sans malice, finalement. Peace and love. Et  quand Ulysse lui rappelle l'hospitalité due au nom de Zeus, il réplique : mon plaisir d'abord ! Un vrai hippy. Et Ulysse répond avec les armes du grec qu'il est, urbain, qui connait la dualité des plaisirs policés, le vin qui corrompt, la rhétorique qui fourvoie l'adversaire, la méthode qui séquence et coordonne l'action collective. Il sait voir la sortie dans la trivialité qui l'environne : le vin, le tronc d'olivier (Athéna!) qui traîne à côté du feu, la gloutonnerie de Polyphème.

Sortir du sous-sol, c'est donc un combat spirituel, comme la chasse au lion à l'arc (je viens de revoir ce superbe film de Jean Rouch en DVD).
publié par Ulrich publié dans : transition
Dimanche 27 Janvier 2008
Retour rapide de pensées sur La Fanfarlo. Il aurait suffit de pas grand chose pour que notre héros, Samuel Cramer, soit sauvé de lui-même en tant que produit de son époque (la notre en moins en pire - mais c'est dèjà le début du zapping et de sa frénésie). 
-A quoi l'amène ses calculs naïfs, embrouillés par l'algèbre de la fausse innocente Mme de Cosmelly ?
-A la vie gratuite avec La Fanfarlo
"Samuel et La Fanfarlo avait exactement les mêmes idées sur la cuisine et le système d'alimentation nécessaire aux créatures d'élite. Les viandes niaises, les poissons fades étaient exclus des soupers de cette sirène. Le champagne déshonnorait rarement la table. Les bordeaux les plus célèbres et les plus parfumés cédaient le pas au bataillon lourd et serré des bourgognes, des vins d'Auvergne, d'Anjou et du Midi, et des vins étrangers, allemands, grecs, espagnols."

Après il y a deux façons de considérer la chute finale :
1. Samuel est châtié par là où il a pêché, condamné à vivre les sentiments qu'il a feint d'éprouver dans sa désolante littérature romantique. Ironie de l'histoire.
2. La gratuité est rompue par un mouvement de négation :" "-Tu me le payeras", dit-elle entre ses dents."
Il ne tient qu'à nous de lui dire oui.
publié par Ulrich publié dans : transition
Dimanche 27 Janvier 2008

http://www.boosterblog.com


Un blog qui m'a l'air bien, bien, bien :
http://bienbienbien.net

Un type qui a du répondant : http://ramiel.fr.arviblog.com

Une belle collection de sites "situationnistes" sur http://www.kottke.org/08/02/single-serving-sites

mes deux préférés :

http://www.sometimesredsometimesblue.com/

http://www.purple.com/purple.html

L'incontournable Passou : http://passouline.blog.lemonde.fr/

Cimetière de blogs :
Voyage au coeur d'une passion. Un thriller sentimental, dont on ne ressort pas indemne.
http://zzzz.ultim-blog.com/
publié par Ulrich publié dans : transition
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